Entretien Edgar Morin : « Le bouillonnement d’initiatives est ma raison d’espérer »

"Je crois personnellement aux possibilités de l’improbable!" Edgar Morin appelle à résister aux forces destructrices qui menacent notre planète, en s’appuyant sur les forces positives à l’œuvre chez les porteurs d’initiatives et d’expériences locales

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Extraits:

"Nous sommes dans un monde extrêmement inquiétant, avec de nombreux processus extrêmement dangereux en cours. C’est une situation dans laquelle on peut se demander quelles sont les raisons d’espérer. Mes raisons premières d’espérer sont les forces positives que je vois actuellement : un bouillonnement d’initiatives qui mettent au centre l’épanouissement des êtres humains en tant qu’individus, et de même au sein des communautés, des familles, des amitiés, des réseaux, etc."

 

"Il est en effet très important de continuer à expérimenter, de développer des initiatives créatrices œuvrant pour une existence plus solidaire, pour des formes d’économie sociale vouées à la solidarité. Ces initiatives disent oui à une autre vision du monde. Je ne sais pas si les forces auxquelles je crois – l’amour, la communion, la fraternité – peuvent s’imposer face aux forces de mort. Mais « résister » devient en tout cas fondamental. Pendant la résistance, nous avons dit non à cette dérive de l’humanité. Résister aujourd’hui, c’est dire non à une économie non contrôlée, à la fermeture sur soi qui conduit aux fanatismes. Et c’est dire oui à la liberté, à l’espérance et au bien-vivre. Même si le concept de bien-vivre s’est malheureusement dégradé, dans le sens d’une focalisation excessive sur le confort matériel.

Bien entendu, ce vaste mouvement de forces positives est dispersé et les initiatives ne sont pas toujours reliées les unes aux autres. Aussi bien les administrations que les pouvoirs publics ignorent tout ceci ou sont complètement indifférents, parce qu’ils vivent dans une autre logique, une logique mathématique, du calcul, des chiffres. Et je dirais que les systèmes d’éducation formatent les esprits, faisant voir la réalité de façon compartimentée et séparée, au lieu de permettre de comprendre et de tisser les liens.

Les liens les plus importants aujourd’hui sont ceux qui unissent les humains dans la même communauté de péril qu’est la planète."

 

"J’en viens maintenant à ma position essentielle : je ne pense pas qu’on puisse fabriquer ou plutôt élaborer un modèle de société future. S’il y a une société future meilleure, elle s’élaborera d’elle-même par des processus positifs. Je pense que l’on peut indiquer quels sont des processus positifs qui vont vers cet état de choses, mais on n’est pas sûrs qu’ils vont se réaliser.

Ma conviction profonde, c’est que l’on s’inscrit dans une histoire incroyable qui est celle de l’humanité, qui a commencé avant même que l’on soit homo sapiens, il y a des millions d’années. Nous sommes inscrits dans une histoire qui a vu des sociétés primitives, des civilisations formidables, merveilleuses et horribles, et… qui sont toutes mortes. Cette histoire qui aujourd’hui se poursuit à travers la mondialisation, à travers les sacrifices, les beautés, les horreurs etc., qui elle-même est une suite de l’histoire de la vie et peut-être du monde.

Quand je considère cette histoire de la vie et de tout l’univers, j’y vois le conflit permanent et inextinguible entre ce qu’on peut appeler Eros et Thanatos, c’est-à-dire entre les forces d’amour qui sont des forces de liaisons, d’associations, de reliance, et les forces de mort qui sont les forces de dispersion, de dégradation et de destruction."

 

 

 

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